UN CAMION NOMMÉ DÉSIR

 

Depuis trois heures ils attendaient qu’une âme bienveillante veuille bien les prendre. Ni les voitures flambants neuves aux vitres teintées ni les vieilles camionnettes vides ni les camions venus de toute l’Amérique du Sud n’avaient suffisamment confiance en, ou pitié de, Fabiola et Paul pour s’arrêter devant leurs pouces fatigués.

Les trois hommes maigres et édentés à côtés de la station-service avaient vu leur arrivée en compagnie d’Audrey et de David ainsi que le départ de ces derniers dans un camion trop petit pour les quatre. Les trois autochtones se réjouissaient de voir la nuit tomber sur ces deux égarés. Les jeunes mariés allaient sûrement devoir planter leur tente dans le désert qui entourait la station-service ; ce n’est pas le vieux téléphone hors service qui allait leur permettre d’appeler un taxi.

Le soleil tombé, les voyageurs se sentaient pris au piège. Ils regrettaient maintenant de s’être fait déposer au milieu de nulle part mais la chance qu’ils avaient eu auparavant leur avait fait oublier les aléas de l’autostop. Les trois hommes aux regards de charognard n’étaient plus que des silhouettes fantomatiques et leur longue immobilité donnait des sueurs froides. Les douces heures passées à rire et à fumer de la fin de l’après-midi semblaient bien loin maintenant. Ils s’embrassèrent de toutes leurs forces pour lutter contre le désespoir qui les prenait ; ils eurent l’impression qu’un éclat de rire leur était parvenu depuis la station.

 

Texte intégral en format pdf: Un_camion_nomm__desir

 

A L’OMBRE DES VERTS CANYONS

 

Après avoir traversé tout au long d’un chemin d’argile rouge et humide les champs de tabacs, de riz et de maïs durant une bonne heure, un couple de touristes descendit du bus qui bringuebalait maintenant en direction des montagnes tropicales.

Le vieil homme qui les avait précédé s’arrêta au milieu du pont de ciment gris pour converser avec un de ses amis pêcheur. Celui-ci sortait de l’eau claire et vive un poisson ruisselant lorsque les jeunes campeurs passèrent au niveau des gauchos locaux. Il les salua, leur souhaita la bienvenue et, tenant sa proie par la queue, éclata la tête de l’écailleux sur le pont, lui évitant ainsi une suffocation inutile et cruelle. L’oeil rond, immobile, regarda sans les voir Fabiola et Paul se diriger vers Praia Grande avant de s’éteindre pour l’éternité.

 

Texte intégral en format pdf: A_l_ombre_des_verts_canyons

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UN CAMION NOMMÉ DÉSIR

 

Depuis trois heures ils attendaient qu’une âme bienveillante veuille bien les prendre. Ni les voitures flambants neuves aux vitres teintées ni les vieilles camionnettes vides ni les camions venus de toute l’Amérique du Sud n’avaient suffisamment confiance en, ou pitié de, Fabiola et Paul pour s’arrêter devant leurs pouces fatigués.

Les trois hommes maigres et édentés à côtés de la station-service avaient vu leur arrivée en compagnie d’Audrey et de David ainsi que le départ de ces derniers dans un camion trop petit pour les quatre. Les trois autochtones se réjouissaient de voir la nuit tomber sur ces deux égarés. Les jeunes mariés allaient sûrement devoir planter leur tente dans le désert qui entourait la station-service ; ce n’est pas le vieux téléphone hors service qui allait leur permettre d’appeler un taxi.

Le soleil tombé, les voyageurs se sentaient pris au piège. Ils regrettaient maintenant de s’être fait déposer au milieu de nulle part mais la chance qu’ils avaient eu auparavant leur avait fait oublier les aléas de l’autostop. Les trois hommes aux regards de charognard n’étaient plus que des silhouettes fantomatiques et leur longue immobilité donnait des sueurs froides. Les douces heures passées à rire et à fumer de la fin de l’après-midi semblaient bien loin maintenant. Ils s’embrassèrent de toutes leurs forces pour lutter contre le désespoir qui les prenait ; ils eurent l’impression qu’un éclat de rire leur était parvenu depuis la station.

 

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A L’OMBRE DES VERTS CANYONS

 

Après avoir traversé tout au long d’un chemin d’argile rouge et humide les champs de tabacs, de riz et de maïs durant une bonne heure, un couple de touristes descendit du bus qui bringuebalait maintenant en direction des montagnes tropicales.

Le vieil homme qui les avait précédé s’arrêta au milieu du pont de ciment gris pour converser avec un de ses amis pêcheur. Celui-ci sortait de l’eau claire et vive un poisson ruisselant lorsque les jeunes campeurs passèrent au niveau des gauchos locaux. Il les salua, leur souhaita la bienvenue et, tenant sa proie par la queue, éclata la tête de l’écailleux sur le pont, lui évitant ainsi une suffocation inutile et cruelle. L’oeil rond, immobile, regarda sans les voir Fabiola et Paul se diriger vers Praia Grande avant de s’éteindre pour l’éternité.

 

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