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Créations originales et Traductions de Paul Bétous

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1 septembre 2025

Contes de Mer et de Morts

 

 

      Baldomero Lillo (1867 – 1923), « le père du réalisme social chilien », nous raconte dans ces contes océaniques, traduits en français par Paul Bétous, les conditions de vie des classes populaires qui habitaient sur les côtes chiliennes au début du XXe siècle. Vivants des produits de la mer, celle-ci se transforme couramment en leurs tombeaux.

 

Le Noyé : Réalisme magique. Un mariage contrarié par le manque d’argent entraîne un pauvre pêcheur à accomplir des actes inconsidérés.

 

La Trouvaille : Réalisme. La lutte pour une baleine d’un pêcheur et de sa filleule contre un environnement hostile.

 

La Remorque : Réalisme. Une tempête s’empare du San Jorge et de sa remorque, dirigée par le fils du capitaine du remorqueur.

 

Sub Sole ou La ramasseuse de coquillages : Réalisme. Dans un paysage paradisiaque de bord de mer, Cipriana perdra tout en voulant offrir un magnifique coquillage au nourrisson qui l’accompagne.

 

La Bague : Réalisme magique. Vengeance amoureuse d’outre-tombe dans un cadre idyllique.

 

La " Zambullón " : Réalisme. L’équipage d’une chaloupe en ruine sera-t-il sauvé ?

 

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8 mai 2024

Souscription pour 2 Autres Histoires de Mer et de Morts (La Bague et Le Noyé) - ILLUSTRÉES

Souscription pour 2 Autres Histoires de Mer et de Morts (La Bague et Le Noyé) - ILLUSTRÉES

 

"La bague
À Don José Toríbio Marín.

 

     Playa Blanca ou Las Cruces est l'un des plus beaux sites de la côte. Situé non loin de Cartagena, l’endroit s'enfonce dans la mer, fermant par le nord la grande baie où se trouve, à l'extrême sud, le port de San Antonio.
     La nature a prodigué ses dons à profusion à cette délicieuse contrée. Les terres, couvertes de fleurs et de végétation, exhibent de toutes parts des petites villas, ou des chalets, à moitié cachés entre les branchages ; et des conglomérats de roches gigantesques bordent la côte, ouvrant, par intervalles, de petites anses et de petites criques, où les vagues vont mourir mollement sur les sables dorés de la plage. Des noms pittoresques désignent ces baies minuscules : La Caleta, Los Pescadores, Los Caracoles, Los Ericillos, Las Piedras Negras. Toutes ou presque possèdent leur tradition, ou leur légende, parmi lesquelles l'histoire de la bague se distingue par son tragique et son étrangeté."

 

 

Ces paragraphes sont les premiers du conte La Bague de Baldomero Lillo, le père du réalisme social au Chili. Si ce conte sera publié dans le recueil Contes de Mers et de Morts en septembre 2024, il peut aussi se retrouver illustré si 25 d'entre vous le désirent.

 

    Nous vous remercions dès à présent pour votre collaboration.

 

3 mai 2024

Lecture à Royan (17)

 

23 novembre 2020

Corps Qualifiés - Poême

 

 

 

20 octobre 2020

"Vies et virus" - Poême

Vies et virus

 

Les vies et les virus commencent et finissent

De la même façon, changeant avec malice.

Ils partagent aussi victoires et victimes,

Colonisant visages et contrées voisines,

Ceux-ci mourants de ne s'adapter assez tôt,

À ses mots sidérants qui par le V s'engagent -

Ce fameux cinq romain… le Pape du Tarot -

Et par le S s'éclipsent, comme un 5 sauvage.

N'y a-t-il donc aucun sens à les rassembler ?

Tels les doigts de la main sur qui on peut compter,

Pour faire fi de la peur face aux inconnues,

Nécessairement présentes dans un futur

Toujours instable - heureusement ! - jamais à nu -

Évidemment ! - naissant au fur et en mesure.

 

 

 

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27 janvier 2020

2 Histoires de Mer et de Morts de Baldomero Lillo (La Remorque et Sub Sole) - ILLUSTRÉES !

23 septembre 2019

3 Contes de Baldomero Lillo (L'Or, Les neiges éternelles et Irrédemption) - ILLUSTRÉS !

2 juillet 2019

Les Légendes du Solstice: La Nuit de Koupalo d'Hanna Prashkevich

12 novembre 2018

"Le pourboire" de Baldomero Lillo

 

train

 

Traduction inédite de la nouvelle " Irredencíon " du "père du réalisme social" au Chili, Baldomero Lillo.

Vous pouvez retrouver d'autres traductions ici et vous procurer les textes imprimés et, pour certains illustrés, .

Bonnes lectures.

 

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* * *

Il jeta un regard désespéré au cadran de sa montre et, abandonnant le comptoir, il se précipita dans sa chambre comme une trombe. Le train partait à cinq heures pétantes. Il avait, donc, tout juste le temps de se préparer. Il se lava et se parfuma d'un geste nerveux, mit sa chemise en batiste1, sa cravate en satin, et le frac flambant neuf que le couturier lui avait remis la semaine passée. Il lança un dernier regard au miroir, boutonna son sac de voyage et, s'enfonçant le haut de forme sur la tête, se retrouva en quatre bonds dans la rue. Il ne disposait que d'une demi-heure pour arriver à la gare, en périphérie de la ville poussiéreuse. Il courait sur le trottoir en regardant droit devant lui, anxieux. Mais la chance semblait lui sourire, car il trouva une voiture, en tournant le coin de la rue. Il y monta et referma la portière en criant :

  • Fouette cocher, je prends le train de cinq heures !

L'aurige2, un géant sec et décharné répondit :

  • L'affaire est pressante, patron, nous v'là très en retard.

  • Cinq pesos de pourboire, si tu arrives à temps !

Un déluge de coups de fouet et le départ soudain de la voiture annoncèrent au passager que les paroles magiques n'étaient pas tombées dans l'oreille d'un sourd. Allongé sur les coussins, il plongea la main droite dans l'une des poches du grand sac en lin, d'où il retira un élégant faire-part aux bords dorés. Il lut et relut plusieurs fois l'invitation sur laquelle son nom était tracé en toutes lettres, Octaviano Pioquinto de las Mercedes de Palomares, par une main féminine, lui semblait-il. Une note au pied précisait : « On dansera ».

Alors que la voiture roule, enveloppée d'un nuage de poussière, l'impatient voyageur ne cesse de crier, s'accrochant des pieds et des mains aux sièges déglingués :

  • Plus vite, hombre, plus vite !

De Palomares, premier vendeur de la Camelia Roja, est un brave garçon au teint hâlé, de belle stature et doté d'un corps svelte et élégant. Il était le favori de la clientèle féminine du village, qui ne voulait être servie que par lui, au grand écœurement de ses collègues qui ne pouvaient se résigner à cette préférence, injustifiée selon eux. Son habileté, son sourire de caramel et son éloquence insinuante, melliflue3 et doucereuse, faisaient des prodiges derrière le comptoir. Son tour de main était souvent remarqué par les acheteuses qui se contentaient de dire :

  • Quel voleur si effronté… mais il vous vole avec tant de grâce !

L'héritière Doña Petrolina de los Arroyos, l'une des plus importantes paroissiennes de la Camelia Roja, entra un après-midi dans le magasin, accompagnée de sa fille, la belle Conchita, tendron4 de vingt-deux printemps. Habitant un petit village des environs, elles avaient pris le train pour aller faire quelques courses, car le jour du saint de la demoiselle approchait et on le célébrait par de grandes festivités.

Pour s'occuper d'une si somptueuse cliente, le chef envoya l'indispensable De Palomares, lequel donna cette fois-ci une telle profusion de sourires et de génuflexions, prit des postures si distinguées, et déploya un tel cumul d'habiletés commerciales, que la majestueuse dame, charmée par la distinction et la finesse de ce beau garçon, dit à sa fille ces mots, qui tombèrent comme des bombes dans le magasin :

  • Conchita, n'oublie pas d'envoyer à monsieur de Palomares une invitation pour qu'il honore de sa présence notre modeste soirée.

La jeune fille sourit avec grâce et, envoyant un regard picaresque au favori, répondit :

  • Non maman, je ne l'oublierais pas.

Après avoir accompagné les femmes jusqu'au coche qui les attendait, et mis les paquets de course dans le véhicule, de Palomares reprit sa place derrière le comptoir, le visage rayonnant de bonheur. Quel triomphe que le sien ! Assister à une réception si aristocratique et coudoyer des personnalités de l'importance du Maire, du Subdélégué et du Vétérinaire.

À partir de ce jour, la prosopopée5 du beau vendeur augmenta en flèche. Les vendeurs, ses camarades, le voyant s’entraîner à différentes attitudes gracieuses, sourires et autres révérences devant les vitres de la cloison qui divisait l'arrière-boutique, étaient consumés par la jalousie. Quand il marchait, il imprimait à sa taille un balancement rythmique et ses pieds glissaient avec des compas de valse et de polka sur le plancher disjoint.

Avec la permission de son chef, qui ne pouvait rien refuser à son vendeur, il fit venir Don Tadeo, le tailleur raccommodeur qui transformait les tissus mités de la boutique en d'authentiques habits à la française, et il lui commanda la confection immédiate d'un frac pour assister à la réception. Le brave homme exécuta la commande du mieux qu'il put et livra l'habit, un véritable monument artistique, dans les temps demandés.

Les jours précédants la fête se firent interminables pour Octaviano Pioquinto de las Mercedes. Quand le postier apparaissait, il se jetait dessus pour voir si l'heureuse invitation était arrivée. Mais, ou on l'avait oublié, ou les inviteuses avaient reconsidéré leur accord, car le fait était que le billet tant attendu ne venait pas. Son inquiétude et sa confusion prirent une amplitude telle qu'il mesura distraitement plusieurs fois des varas6 de tissus de quatre-vingts centimètres au lieu des soixante-quinze centimètres maximaux autorisés par le règlement de la maison.

Tandis que l'aurige fouette impitoyablement les rosses, de Palomares, violemment secoué à l'intérieur de la voiture, essaye de deviner auquel de ses camarades appartient la main qui a caché la carte d'invitation sous les pièces de percale. Ce fut réellement un merveilleux hasard lorsque sa main droite tomba dessus alors qu'il dépliait ces tissus sur le comptoir. Ah ! Race d'envieux, ils verraient ce qu'ils allaient voir l'après-midi même si par malheur il perdait le train. Et sa voix résonne à chaque instant, impatiente :

  • Fouette cocher, fouette!

La voiture roule vertigineusement et pénètre dans la gare alors que le train s'est déjà mis en marche. Un cri de désespoir sort du véhicule, mais le conducteur écarte les rênes et dit au passager affligé :

 

  • Ne vous inquiétez pas patron. Nous le rattraperons avant qu'il n'entre dans le virage.

Les chevaux galopent, furieux, sur le chemin longeant la voie ferrée et passent devant le convoi qui monte lentement la côte raide. Les rosses éreintés s'arrêtent soudain d'un coup sec, le cocher descend du siège, ouvre la portière et dit précipitamment  :

  • Descendez, patron, courez, rattrapez-le !

De Palomares descend et s’apprête à s'élancer à travers le trou de la barrière quand l'aurige lui bloque le passage en lui disant :

  • Et la course ? Et le pourboire, patron !

Il fouille fébrilement ses poches, mais il se souvient qu'il a oublié son portefeuille et sa montre en changeant de vêtement. Alors, n'ayant pas de temps à perdre dans de vaines explications, il se débarrasse du sac de voyage et, le lançant au nez du cocher stupéfait, il franchit la barrière comme une flèche. Il atteint les rails en quatre bonds et vole sur la voie, le haut-de-forme dans les mains.

Le train avance lentement grâce à la pente. Les passagers ont sorti la tête par la fenêtre tandis que ceux du dernier wagon, le conducteur en tête, se regroupent sur la plate-forme. Cette scène semble les divertir grandement, et Palomares entend leurs éclats de rires et leurs cris d'encouragement de plus en plus clairs au fur et à mesure qu'il réduit l'écart :

 

  • Courrez, courrez ! Attention, il se rapproche !

Cette dernière phrase, qu'il ne parvient à comprendre, lui semble quelque peu incohérente, mais il corrige vite cette hypothèse en se sentant tout à coup attrapé par les basques du frac, tandis qu'une voix rauque et colérique résonne dans son dos :

  • Le pourboire, patron !

Il se retourne comme l'éclair et, d'un coup de poing dans la mandibule, il étend de tout son long le têtu automédon7. Débarrassé de l'agresseur, il se remet à courir et regagne vite le terrain perdu. En peu de temps, seuls quelques mètres le séparent du dernier wagon. Parmi les visages rieurs qui le regardent, de Palomares en voit un, charmant, de femme. Il apperçoit des yeux bleus et une petite bouche riante par éclats cristallins, qui agissent sur le voyageur en retard comme un stimulant doux et puissant. Un dernier effort et il pourrait contempler tant qu'il lui plairait la délicieuse créature. Mais, alors que s'élève du train un chœur formidable de cris et d'éclats de rire, il se sent à nouveau retenu par les queues du frac, et l'abominable : « Le pourboire patron ! » lui fustige les oreilles comme un coup de fouet. Il tourne comme une toupie et, fou de rage, se rue sur le géant. Son poing de fer cogne, telle une masse, le visage et la poitrine du collant créancier jusqu'à le renverser à moitié sonné. Il lui enroule la tête dans le poncho et, abandonnant le haut de forme qui flotte dans une eau bourbeuse, après avoir roulé dans le fossé au cours de la bagarre, il reprend bravement sa course de vitesse contre la locomotive qui halète dans la pente.

Ses jambes aux muscles d'acier l'emportent comme le vent, le sang lui bourdonne dans les oreilles et le cœur a tout l'air de vouloir s'échapper par la bouche. Le train, prêt à entrer dans le virage, a grandement diminué son allure. Plus que trois minutes avant qu'il ne redescende vertigineusement par le flanc de la montagne. C'est maintenant ou jamais ! - se dit de Palomares avant d'amasser toutes ses forces pour un suprême effort. De la dernière voiture, dont il n'est séparé que de quelques pas, partent des voix encourageantes parmi lesquelles se détache le timbre argentin de la voyageuse qui s'exclame, tapant ses menottes gantées :

  • Hourra ! Hourra !

De Palomares, les yeux injectés de sang et la respiration haletante, redouble d'efforts. Dans son dos, et s'approchant rapidement, résonne un soufflement de cochon asthmatique. Il prend instinctivement les basques du frac dans ses mains, ces maudits appendices qui prolongent si dangereusement la partie postérieure d'un individu, et les croise au-devant de la ceinture. Les passagers sont descendus sur le marchepied et l'un d'eux, habillé d'un costume de flanelles blanc, l'encourage de ses cris gutturaux en agitant une cravache imaginaire dans la main droite et en s'adressant à lui comme à un cheval de course :

  • Hue donc, hue donc !

 

De Palomares voit s 'élever un brouillard devant ses yeux, le monde tourne tout autour de lui : il allonge les bras, des mains vigoureuses l'attrapent par les poignets et le soulèvent comme une plume, mais les basques du frac, que son mouvement a libérées, doivent s'enrouler dans les roues, car une force peu commune menace de l'arracher du marchepied. Et, tandis que les mains salvatrices le soutiennent, il entend un tintamarre effrayant :

  • Lâche ! Mauvais diable ! Frappez-le d'un bon coup de pied !

Un rugissement qui semble sortir de sous la voiture : – Le pourboire… ! lui donne la clé du mystère et d'une vigoureuse secousse, il s'allège de la charge.

Alors qu'il est porté en triomphe sur la plate-forme, il jette un coup d’œil sur la voie et distingue en son centre le féroce cocher agitant quelque chose qui ressemble de loin à deux banderoles noires. De Palomares est pris d'une angoisse mortelle et, amenant promptement les mains dans son dos, il palpe épouvanté la boucle des pantalons. De l'élégant frac, de ce vêtement parfaitement abouti, il ne reste qu'un bout si rachitique et exigu que l'on peut à peine le comparer à un veston de majo8 ou de toréador. Ce désastre l'anéantit, et il se laisse conduire sans résistance par le passager en costume blanc et guêtres jaunes dans un compartiment du wagon. Il y a sur la porte un écriteau qui dit : Mister Duncan et sa fille.

La première chose que voit de Palomares en entrant dans le compartiment est la voyageuse des hourras, qui se met à rigoler de son rire mélodieux en le voyant. Couchée nonchalamment sur les coussins, des boucles d'or s'échappant de sa casquette de jockey céleste, elle lui semble la plus belle créature du monde. Il la regarde bêtement et oublie le frac, le bal de Doña Petronila et de Conchita. La miss rit et, tandis que les roses de ses joues se teignent en vif carmin, ses yeux bleus se remplissent de larmes. Mister Duncan est fou de joie. Enfin, ce spleen détestable, cette tristesse qui minait la santé de sa fille, la faisant languir de mélancolie, a abandonné sa proie, que les voyages, les distractions et toutes sortes de soins n'étaient parvenus à arracher au cours des deux années passées à lutter contre ce mal mystérieux. Celui qui a construit un tel prodige lui semble un envoyé du ciel et il ressent pour lui la plus chaleureuse des sympathies. Il voit dans l'arrogant beau garçon aux jarrets, poumons et poings d'acier, qui abat des athlètes et rattrape les trains à la course, le surhomme idéal de l'énergie et de la virilité masculine.

Le train vole en rase campagne, et, bien qu'il s'arrête dans un petit village, en face de la maison de la grande lignée de Doña Petronila de los Arroyos, nul voyageur ne descend du dernier wagon.

Le jour suivant, la Camelia Roja reçut un télégramme qui produisit dans la villa une grande excitation. La dépêche disait ainsi : « J'embarque aujourd'hui sur le Columbia pour faire un petit tour du monde. Salutations. - De Palomares ».

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1« Batiste »: Toile de lin très fine et d'un tissu très serré. Dictionnaire électronique de l'Académie française · 1.0.10. ATILF [CNRS/UL]. 2018. https://academie.atilf.fr/9/. Web. Novembre 2018.

2« Aurige » : ANTIQ. GRECQ. ET ROM. Conducteur de char. Dictionnaire électronique de l'Académie française · 1.0.10. ATILF [CNRS/UL]. 2018. https://academie.atilf.fr/9/. Web. Novembre 2018.

3« Melliflu, -ue ou Melliflue » : Qui distille du miel. Ne s'emploie plus guère qu'au figuré et dans un sens défavorable. Qui a la douceur du miel, doucereux. Dictionnaire électronique de l'Académie française · 1.0.10. ATILF [CNRS/UL]. 2018. https://academie.atilf.fr/9/. Web. Novembre 2018.

4« Tendron » : Bourgeon, rejeton tendre de quelques arbres, de quelques plantes. Les chèvres broutent les tendrons des arbres et des plantes. Fig. et fam., Un jeune tendron, Une jeune fille. Dictionnaire électronique de l'Académie française · 1.0.10. ATILF [CNRS/UL]. 2018. https://academie.atilf.fr/8/. Web. Novembre 2018.

5« Prosopopée » : P. méton. Discours pompeux, véhément et emphatique. Ortolang. Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales. 2018. http://www.cnrtl.fr/definition/prosopopée. Web. Novembre 2018.

6« Vara » : Medida de longitud que se usaba en distintas regiones de España con valores diferentes, que oscilaban entre 768 y 912 mm. (Unité de longueur qui s’utilisait dans certaines régions d’Espagne avec des valeurs différentes, qui oscillaient entre 768 et 912 mm.) Diccionario de la lengua española. Real Academia Española. 23ᵉ édition. 2017. http://dle.rae.es/?id=bMH7x5e. Web. Novembre 2018.

7« Automédon » : Vieilli et iron. Cocher de fiacre, de voiture de louage. Dictionnaire électronique de l'Académie française · 1.0.10. ATILF [CNRS/UL]. 2018. https://academie.atilf.fr/8/. Web. Novembre 2018.

8« Majo » : En los siglos XVIII y XIX, persona de las clases populares de Madrid que en su porte, acciones y vestidos afectaba libertad y guapeza. (Aux XVIIIe et XIXe siécles, personne des classes populaires de Madrid qui, par son port, ses actions et ses habits, affichait liberté et beauté.). Diccionario de la lengua española. Real Academia Española. 23ᵉ édition. 2017. http://dle.rae.es/?id=Nxznzus. Web. Novembre 2018. Attesté en français : Ortolang. Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales. 2018. http://www.cnrtl.fr/definition/bhvf/majo. Web. Novembre 2018.

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13 octobre 2018

"Aiguilleurs" de Baldomero Lillo

 

rail

 

Premier jet de la traduction inédite de la nouvelle "Cambiadores" du "père du réalisme social" au Chili, Baldomero Lillo.

Vous pouvez retrouver d'autres traductions ici et vous procurer les textes imprimés et, pour certains illustrés, .

Bonnes lectures.

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AIGUILLEURS1*

 

  • Pouvez-vous me dire qu'est-ce qu'un aiguilleur ?

  • Un aiguilleur, un aiguilleur à proprement parler, est un personnage extrêmement important pour toute ligne ferroviaire.

  • Tiens, et moi qui n'en ai toujours pas vu un seul, alors que je voyage presque toutes les semaines !

  • Eh bien, moi, j'en ai vu beaucoup, et puisque vous avez l'air curieuse de les connaître, je vais vous faire le portrait le plus fidèle possible de l’aiguilleur.

Ma sympathique amie et compagnonne de voyage laissa de côté son livre qui narrait un déraillement fantaisiste, causé par l'impéritie2 d'un aiguilleur, et se prépara à m'écouter attentivement.

  • Vous devez savoir – commençais-je en forçant la voix pour dominer le bruit du train lancé à toute vapeur -, que l'aiguilleur fait partie d'un personnel choisi et sélectionné scrupuleusement.

Et il est tout à fait naturel et logique qu'il en soit ainsi, car si la responsabilité qui affecte le télégraphiste ou le chef de gare, le conducteur ou le machiniste du train, est énorme, celle qui affecte un aiguilleur n'est pas moindre, à la différence que si les premiers commettent une erreur celle-ci peut, généralement, être réparée à temps ; alors qu'une inadvertance, une négligence de l’aiguilleur est toujours fatale, irrémédiable. Le télégraphiste peut corriger la faute dans le télégramme, le chef de gare peut donner un contrordre à un mandement erroné, et le machiniste qui ne voit pas un signal peut arrêter, s'il est encore temps, la marche du train et éviter un désastre, mais l’aiguilleur, lui, une fois la fausse manœuvre exécutée, ne peut plus revenir en arrière. Quand les roues de la locomotive mordent l'aiguille de l'embranchement, l’aiguilleur, agrippé au levier d'aiguillage, est pareil à l'artilleur qui appuie sur la détente et observe la trajectoire du projectile.

C'est pourquoi, l'aiguilleur n'est pas n'importe qui, et même si son travail, d'une extrême simplicité, ne demande pas une grande instruction, il en est suffisamment pourvu pour comprendre qu'il a entre ses mains la vie des voyageurs et qu'il lui suffit juste de basculer le levier d'aiguillage vers la droite, au lieu de la gauche, pour semer la mort et la destruction à la vitesse de l'éclair.

Le salaire qui lui est versé est en rapport avec cette responsabilité qui pèse sur lui. Il vit, donc, modestement dans une maisonnette soignée près de la ligne de chemin de fer, et ses enfants vont propres et suivent l'école. Quand il ne travaille pas, il cultive son potager et joue de la scie ou du rabot : la taverne lui est inconnue. Il a donc l'esprit toujours clair, et ni l'alcool ni la misère n'engourdissent ses facultés. Sa vue est sûre, il n'hésite pas au moment de bouger les aiguilles, et il ne s'abuse ni ne se trompe jamais.

  • Vous parlez des aiguilleurs avec beaucoup d'enthousiasme. Peut-on les voir depuis le train ?

  • Si on peut les voir ! Lorsque nous nous approcherons d'une gare, je vais vous en montrer certains, si nous n'allons pas trop vite.

  • En parlant de vitesse, pouvez-vous me dire à quoi obéit la rapidité avec laquelle nous traversons les gares ?

  • À la confiance qu'inspire à tous l'aiguilleur. Il n'y a pas d'exemple où un aiguilleur aurait été coupable d'un accident, comme celui relaté par l’écrivaillon démodé, auteur de ce livre.

  • Je chercherai à ne pas perdre l'opportunité de connaître un personnage si sympathique. Mais, veuillez bien excuser mon ignorance, y a-t-il toujours eu des aiguilleur, ou aiguilleurs comme vous les appelez ? Je trouve quand même étrange de n'avoir jamais fait attention à eux.

  • Je vais vous le dire. Il y a toujours eu des aiguilleurs, mais, et pour invraisemblable que cela puisse paraître, on ne donnait pas au métier d'aiguilleur l'importance qu'il mérite. C'est incroyable, mais certains anciens l'assurent, il fut un temps où les aiguilleurs étaient recrutés parmi les pires employés de la ligne ferroviaire. Il s'agissait presque toujours d'handicapés ou d'estropiés ayant perdu, comme garde-frein, graisseur d'aiguille ou wagonnier, un bras ou une jambe ; de braves gens si l'on veut, mais qui, du fait de leur naturel, de leur condition et du salaire misérable qu'ils recevaient, étaient en grande partie inaptes à cette tâche délicate qui exige, avant tout, de la conscience professionnelle, de la sérénité et du sang-froid.

Son salaire, rendez-vous compte, n'était que d'un peso par jour. Avec ça, lui, sa femme et les enfants devaient manger et s'habiller. Évidemment qu'avec un tel système, les accidents et les déraillements étaient extrêmement fréquents. Et je sais moi-même d’une catastrophe que m’a rapporté un ex-aiguilleur il y a quelque temps. Pour que vous compreniez bien de quoi il retourne, je vais vous relater l’événement dans ses moindres détails.

C'était à la fin du mois, en ces jours si tristes pour ceux qui touchent un petit salaire, et parmi lesquels on comptait l’aiguilleur et sa famille. Dans l'habitation, une porcherie étroite et sale, la femme, toujours de mauvaise humeur à cause de la misère et du travail excessif, rouspétait jour et nuit, pendant que les gosses haillonneux et affamés pleuraient pour demander du pain. Le mari, et père, regardait ce tableau avec une rage sourde qui lui mordait l'âme, puis il allait travailler, muet et coléreux. Il n'était pas alcoolique, mais la tristesse de son foyer, pour lequel il ne ressentait que haine et dégoût, le poussait parfois vers la taverne où il buvait pour oublier, pour s'étourdir au moins quelques heures. La nuit précédant l'accident, il but quelques verres d'eau de vie et dormit mal. Il marchait entre les embranchements, la tête lourde et la vue troublée, faisant son travail avec laisser-aller. Lorsque la sonnerie de la gare annonça l'arrivée de l'express, il se rendit sur la voie et examina les aiguilles. Elles étaient là où elles devaient être, laissant au rapide la voie libre et dégagée.

Il restait encore huit minutes avant que le train ne passe et il avait le temps de se reposer. Il faisait très chaud et ses lourdes paupières luttaient pour couvrir ses yeux ensommeillés. Un moment plus tard, il crut entendre un léger coup de sifflet et se releva à moitié sur le banc. Tout à coup, un tremblement sourd s'empara de la baraque. Il se leva apeuré, en se frottant les yeux. Il aperçut l'express devant lui, lancé à toute vitesse. Il regarda vers l'embranchement et ses cheveux se dressèrent sur la tête. Il fit un saut gigantesque et, se lançant sur le levier, le bascula d'un coup. Un cri résonna instantanément au-dessus de lui et il vit comment les roues embiellées3 de la locomotive tournaient brusquement et vertigineusement en sens inverse de la marche du convoi, faisant danser sur les rails l'énorme masse de la machine qui, malgré tout, glissa sur l'embranchement vers l'autre train, comme l'avalanche qui descend d'une montagne.

Il n'attendit pas le choc et, lâchant le levier d'aiguillage, il s'élança comme un fou à travers les terre-pleins, s'enfuyant désespérément, les mains sur les oreilles pour ne pas entendre le vacarme de la collision. Mais, malgré cette précaution, le craquement terrible du choc le rattrapa, au moment où il sautait par-dessus un fossé, et avec lui les cris et lamentations des moribonds.

Le malheureux, se réveillant à moitié endormi, avait cru voir le levier d'aiguillage vers la droite, rien de plus.

  • Oh, quelle peur m'avez-vous faite avec votre histoire. Où est-ce arrivé ?

  • Dans la gare de Tinguiririca, mais…

Un truc bizarre me coupa la parole et j’étais éjecté de mon siège comme par une catapulte. Je tombais au milieu d'un tas de valises et de sacs de voyage et, tandis que je bataillais pour me relever, j'entendis une clameur terrifiante suivie de lamentations déchirantes.

Quand, après avoir marché à quatre pattes entre les planches du wagon dépecé, je me retrouvais devant un fonctionnaire qui semblait être le chef de gare, la seule chose à lui dire qui me vint à l'esprit fut :

  • Combien gagne l’aiguilleur ?

Il me regarda avec des yeux inquiets et me répondit :

  • Il gagne pour l’instant quelques longueurs sur ses poursuivants, mais, n’ayez crainte, ils le rattraperont bientôt, car en plus d'être sourd, il est borgne, manchot, boiteux et il est plein comme une outre.

  • Malheureux – m'exclamais-je -, c'est donc le même. – Et je commençais à vociférer en montrant le poing - : C'est le type de Tinguiririca, le type de Tinguiririca !

Le chef, toujours plus inquiet, me prit par le bras et proféra :

  • Nous sommes bien à Tinguiririca, mais, permettez-moi de vous le dire, monsieur, vous devez avoir reçu un coup qui vous a secoué les neurones. Laissez-moi vous conduire à l'ambulance…

… … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … …

J'ouvris les yeux et la première chose que je vis furent les gros caractères de la dixième page de El Mercurio qui disaient :

« Collision de trains à Tinguiririca ».

 

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1Le titre original est Cambiador, synonyme en chilien de « Guardagujas » : « Aiguilleur ». Les deux termes étant utilisés dans le texte nous écrirons « aiguilleur(s) » pour la traduction de « guardagujas » et « aiguilleur(s) », en italique, pour « cambiador(s) ».

*Toutes les notes sont du traducteur.

2« Impéritie ».Manque de connaissance et de compétence dans l'exercice d'une profession, d'une fonction. Dictionnaire électronique de l'Académie française · 1.0.10. ATILF [CNRS/UL]. 2018. https://academie.atilf.fr/9/. Web. Octobre 2018.

3Traduction de « embieladas », en espagnol, néologisme créé par Baldomero Lillo. Cependant, en français : « Embieller ». Monter et ajuster des bielles. Dictionnaire électronique de l'Académie française · 1.0.10. ATILF [CNRS/UL]. 2018. https://academie.atilf.fr/9/. Web. Octobre 2018

 

 

 

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