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Créations originales et Traductions de Paul Bétous

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25 avril 2018

SUB-SOLE, le recueil enfin disponible dans son intégralité sur papier et gratuitement en pdf.

 

 

Couverture-BoD-page001

 

Et voilà, après des mois de boulot pour parvenir à un livre qui ressemble à quelque chose, j’ai l’honneur de vous faire parvenir par ici le recueil dans son intégralité en PDF.

 

Si vous souhaitez vous le procurer, pour la somme de 10 € hors frais de port, prévenez-moi et nous trouverons la meilleure solution pour vous le faire parvenir.

 

Et pour celleux qui ne savent pas de quoi on parle, vous pouvez lire ces contes directement sur ce blog en suivant ce chemin.

 

Je vous souhaite d’excellentes lectures,

 

!!! ILLUSTRAT-RICE/EUR-S !!!

Ces contes vous inspirent ?

Contactez-moi et nous réaliserons ensemble un beau livre illustré.

A bientôt et au plaisir de vous rencontrez

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4 février 2018

Illustration / Offre d'emploi

 couverture-commerciale_réduite

 J'ai réalisé la traduction des 6 contes de Baldomero Lillo ci-joints et je recherche maintenant des personnes intéressées pour les illustrer. En plus de la page titre, les contes sont habillés de 5 à 7 illustrations. Ceux-ci seront imprimés à la demande et les bénéfices seraient partagés à parts égales entre vous et moi (vous trouverez ci-joint une simulation des coûts et des bénéfices selon différents scénarios de vente).

Il s'agit donc plus d'une proposition de collaboration, sur un ou plusieurs contes, que d'une offre d'emploi. En ce sens il ne faut pas hésiter à me joindre pour plus de détails ou pour des propositions différentes.

J'attends avec impatience de vos nouvelles. Que l'inspiration « lillonnienne » soit avec vous !

 

 Les contes:

La_Remorque

L'or_suivi des Neiges Eternelles

Quilapan

Sub_Sole

Veillee_Funebre

 

8 août 2016

CV

paul

Paul Bétous

Passeur de cultures : traducteur espagnol-français, éditeur digital, organisateur d'évènements culturels, acteur et metteur en scène

Mon expérience

  • 2009-2015 : Traductions de l'espagnol au français, création de dossiers de présentation et éditions digitales de romans, contes, nouvelles et pièces de théâtre d'auteurs latino-américains (Uruguay, Chili, Mexique)
  • 2015 : Révision de la traduction à l'espagnol de Caligula d'Albert Camus
  • 2014 : Acteur et auteur (improvisation) de Aquí y Ahora réalisé par le costaricain Oscar Herrera
  • 2009 : Organisation d'un concert punk poétique et du festival de théâtre international Bienvenu-e-s à Mexico !
  • 1999-2009 : Dramaturge, metteur en scène, acteur et conteur
  • 2007 : Création de l’association d’échanges inter-culturels « Regards Mêlés », organisation de deux expositions photographiques à Valparaiso, Chili.
  • 2001 : création de l’association "M.I.C.S. Heurt" pour la promotion des jeunes artistes

Mes compétences

  • LANGUES
    • espagnol : bilingue
    • anglais : scolaire
    • portugais : compréhension écrite
  • INFORMATIQUE
    • Pack LibreOffice / OpenOffice
    • Scribus (PAO)
    • HTML 5, CSS 3
  • GESTION DE PROJET CULTUREL
    • Planning
    • Budget prévisionnel
    • Relations publiques
    • etc.

Ma formation

  • SCOLAIRE
    • 2004/2005 : Diplôme d'étude latino-américain, IHEAL, Paris (75007)
    • 2002/2004 : Licence d’ethnologie, Université Bx II/UCAM, Bx(33) / Murcia(Espagne)
    • 2000/2002 : D.E.U.G. de Philosophie, Université Bx III, Bordeaux (33)
    • 1998/1999 : Baccalauréat scientifique, Lycée Cordouan, Royan (17)
  • THÉÂTRALE
    • 1999/2000 : 1ère année initiation au Conservatoire National de Région, Bordeaux (33)
    • Mars 2000 : Stage sur JOCK de J.L. Bourdon, avec D. Borderie, Bordeaux (33)
    • Février 2000 : Stage de Flamenco avec Erika Winkler, Bordeaux (33)
    • 1998/1999 : Atelier avec Acti’No Théâtre, dirigé par J.L. Gonfalone, Saintes (17)
17 juillet 2016

"Veillée funèbre" de Baldomero Lillo

Ce conte a été écrit par le “père du réalisme social chilien”, Baldomero Lillo, et publié en 1907 dans le recueil Sub Sole (lisez-le en streaming et en VO ou téléchargez-le).


Ce recueil est inédit en français, c'est pourquoi j'ai lancé une campagne de financement participatif pour combler ce manque, je vous invite à y jeter un coup d’œil ici.


Et n'oubliez pas de diffuser ce message. Merci de votre soutien.

 * * *

texte en pdf

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Veillée funèbre

de Baldomero Lillo

 

Dans la ruelle triste et solitaire les rafales passent en sifflant. Des tourbillons de poussière se forment et pénètrent dans les chambres par les vitres cassées et les portes fissurées.

Le crépuscule recouvre les murs et les toits de sa pénombre rougissante. Un bruit lointain, rauque, comble l’espace entre deux bourrasques : c’est la voix inimitable de la mer.

Dans la petite boutique des pompes funèbres, derrière le comptoir, le visage appuyé sur les paumes des mains, la propriétaire a l’air plongée dans une profonde méditation. Face à elle, une femme vêtue de noir, le visage couvert par une mantille, parle d’une voix qui résonne dans le silence avec la tristesse cadencée d’une prière ou d’une confession.

Quelques couronnes et croix de papier crépon reposent entre les deux femmes.

La voix monotone murmure :

… Après m’avoir longuement regardée de ces yeux clairs, embués maintenant par l’agonie, elle se releva dans le lit en m’agrippant par la main, et elle me dit sur un ton que je n’oublierai jamais :

– Fais-moi la promesse de ne pas l’abandonner ! Jure-moi pour le salut de ton âme que tu seras comme une mère pour elle ! Que tu veilleras sur son innocence et son bonheur comme je l’aurais fait moi-même !

Je l’ai embrassé en pleurant, j’ai promis et juré tout ce qu’elle voulait.

(La porte tremble, secouée par une rafale de vent, les gonds lancent un grincement aigu, et la voix plaintive poursuit:)

– Elle avait à peine douze ans, elle était blonde, blanche, avait des yeux bleus si candides, si doux, comme ceux de la virjencita1 de mon autel. Travailleuse, appliquée, elle devinait mes attentes : je ne pouvais jamais rien lui reprocher et, pourtant, je la maltraitais. Petit à petit, des paroles sévères je passais insensiblement aux coups. Une haine féroce en son encontre, et contre tout ce qui provenait d’elle, se nicha dans mon cœur.

Son humilité, ses pleurs, l’expression timide de ses yeux, si résignés et suppliants, m’exaspéraient. Hors de moi, je la prenais parfois par les cheveux et la traînais sur toute la longueur de la chambre. Je m’essoufflais alors à la fracasser contre les murs et contre les meubles.

Puis, quand je la voyais aller et venir en silence, les yeux pleins de larmes, remettant à leur place les chaises renversées sur le sol, je sentais mon cœur comme enserré dans une poigne de fer. Un je ne sais quoi d’angoisse et de douleur, de tendresse et de repentir, montait du plus profond de mon être et se nouait dans ma gorge. J’éprouvais alors des envies irrésistibles de pleurer à grands cris, de lui demander pardon à genoux, de la prendre dans mes bras et de la dévorer de baisers.

(Des pas précipités passèrent devant la porte. La narratrice s’est retournée à moitié et son profil anguleux se détacha un instant de l’ombre, avant de s’éclipser immédiatement).

La maladie (la voix se fait ici opaque et tremblotante) me clouait parfois au lit pour de nombreux jours. Il fallait voir alors le soin qu’elle mettait pour s’occuper de moi ! Avec quelle sollicitude aimante elle m’aidait à changer de position ! Comme une mère pour son fils, elle m’entourait le cou de ses maigres petits bras pour que je puisse me relever.

Toujours silencieuse, elle s’occupait de tout : elle faisait les courses, allumait le feu, préparait les repas. La nuit, le moindre mouvement brusque, la plainte la plus légère qui pouvait m’échapper, et elle était déjà près de moi, me demandant de sa voix d’ange :

– Tu m’appelles maman, tu as besoin de quelque chose ?

Je la repoussais doucement mais sans lui parler. Je ne voulais pas que l’écho de ma voix trahisse l’émotion qui me saisissait. Alors, dans l’obscurité de ces longues nuits sans sommeil, un remords tenace m’assaillait et me rongeait le sang. Le parjure commis, le caractère abominable de ma conduite, m’apparaissait dans toute sa terrible nudité. Je mordais les draps pour étouffer les sanglots, j’invoquais la défunte pour lui demander pardon et je faisais d’ardentes promesses d’amendement, me condamnant, si je ne les tenais pas, aux tortures éternelles que Dieu réserve aux réprouvés.

(La vendeuse, dans la même position, écoutait les lèvres pincées, son visage immobile illuminé par la clarté ténue et indécise du crépuscule).

Mais la lumière de l’aube – poursuit l’endeuillée – et la vue de cette pâle figure, dont les yeux me regardaient avec l’humilité d’un chiot battu, envoyaient au diable toutes ces belles promesses. Regardez comme elle dissimule, l’hypocrite, me disais-je ! Tu prends plaisir à me voir souffrir, je le devine, je le lis dans tes yeux ! J’essayais en vain de résister à cet étrange et mystérieux pouvoir qui me poussait à ces actes féroces de cruauté, et qui me terrifiaient une fois satisfaits.

Je croyais voir dans sa sollicitude, dans sa soumission, dans son humilité, un reproche muet, une censure perpétuelle. Et son silence, ses pas feutrés, sa résignation pour recevoir les coups, ses aïe contenus, l’absence de plainte, de rébellion, tout cela m’amenait à imaginer autant d’autres outrages qui me remplissaient de colère à en devenir folle.

Comme je la détestais alors, mon Dieu, comme je la détestais !

(Dans le magasin désert, les ombres envahissent les recoins, effaçant les contours des objets. La noire silhouette de la femme s’agrandit et son ton acquiert de lugubres inflexions).

– C’était au début de l’hiver. Elle commença à tousser. Deux tâches rouges apparurent sur ses joues et ses yeux prirent une étincelle étrange, fébrile. Je la regardais trembler sans cesse et je me disais qu’il fallait changer ses vêtements légers par d’autres plus adaptés à la saison. Mais je ne le faisais pas… et le temps était de plus en plus rude… le soleil se voyait à peine.

(La narratrice fit une pause ; un gémissement étouffé jaillit de sa gorge, puis elle continua) :

– J’avais déjà éteint la lumière depuis longtemps. Le battement de la pluie et le mugissement du vent, qui soufflait furieusement au-dehors, m’empêchaient de dormir. Dans le lit couvert et chaud, cette musique produisait en moi une douce volupté. Une quinte de toux soudaine éclata et me sortit de cette torpeur : mes nerfs se crispèrent, et j’attendais, anxieuse, que cet insupportable bruit cesse.

Mais, à peine l’une se finissait qu’une autre, encore plus longue et plus violente, commençait. Je me réfugiais sous les couvertures, enfonçais la tête sous l’oreiller : rien à faire. Cette toux sèche, vibrante, résonnait dans mes oreilles, m’assourdissait de son martèlement continu.

Je n’ai pu résister plus longtemps et je m’assis sur le lit. Je lui criais d’une voix que la colère devait rendre terrible : Tais-toi, tais-toi misérable !

Une rumeur comprimée me répondit. Je compris qu’elle essayait d’étouffer les quintes, se couvrant la bouche avec les mains et les draps, mais la toux triomphait toujours.

Je ne sais pas comment j’avais sauté au bas du lit, mais quand mes pieds cognèrent contre la paillasse, je me penchais et cherchais en tâtonnant cette chevelure longue et dorée. Puis, l’agrippant des deux mains, je tirais furieusement dessus. Elle comprit sans doute mon intention quand nous nous sommes retrouvées près de la porte, car, pour la première fois, elle essaya de m’opposer résistance et, cherchant à se libérer, elle s’écria avec une peur indicible :

– Non, non, pardon, pardon !

Mais j’avais déjà tiré le verrou… Une rafale de vent et d’eau entra par la fente et me fouetta le visage violemment.

Agrippée à mes jambes, elle implorait d’une voix déchirante :

– Non, non maman, maman !

Je réunis mes forces et la jetai dehors. Je fermais la porte immédiatement et je retournais dans mon lit, tremblante de terreur.

(La propriétaire écoute attentive et muette, ses yeux s’animent, sous l’arcade sourcilière, lorsque la voix opaque et voilée baisse d’intensité).

Elle resta longtemps près de la porte, d’où jaillissaient ses pleurs, interrompus à chaque instant par des quintes de toux. Je croyais entendre parfois, au milieu du bruit du vent et de la pluie qui étouffait ses cris, le tremblement de ses membres et le claquement de ses dents.

Petit à petit ses mots :

– Ouvrez-moi, maman, ma petite maman ; j’ai peur maman ! s’affaiblissaient, jusqu’à s’éteindre totalement.

Je me dis : elle est allée sous l’appentis, au fond du patio, le seul endroit où elle peut s’abriter de la pluie. Le remords s’éleva alors du plus profond de ma conscience et m’accusa de sa voix effrayante :

La malédiction de Dieu va te tomber dessus, criait-elle… Tu es en train de l’assassiner ! Lève-toi et ouvre-lui !… Il est encore temps !

Cent fois j’essayais de sortir du lit, mais une force irrémédiable me retenait sous les draps, tourmentée et délirante.

Quelle affreuse nuit, mon Dieu !

(Quelque chose comme un sanglot convulsif suivi ces mots. Il y eut quelques secondes de silence, puis, une voix plus fatiguée, plus attristée continua:)

Quand je me réveillais, une grande clarté illuminait la pièce. Je me tournais vers la fenêtre et vis le ciel bleu à travers les carreaux. La bourrasque était passée et le jour se montrait splendide, plein de soleil. Je sentais mon corps douloureux, énervé par la fatigue ; la tête me pesait sur les épaules comme un énorme poids. Les idées germaient de mon cerveau abruti, comme obscurcies par la brume. J’essayais de me rappeler quelque chose, mais je n’y arrivais pas. Tout à coup, à la vue de la paillasse vide dans le coin de la chambre, ma mémoire se réveilla et me révéla d’un coup ce qui c’était passé.

Je sentis quelque chose d’oppressant se nouer dans ma gorge. Une idée horrible me perfora le cerveau, comme un fer incandescent.

Tremblante d’effroi, subissant un claquement de dents incontrôlable, je me traînais plus que je ne marchais jusqu’à la porte ; mais, tandis que je posais la main sur le verrou, une terreur invincible m’a retenue. Mon corps se plia soudainement et j’eus la vision rapide d’une chute. Quand je repris mes esprits, j’étais étendue de mon long sur les pavés. J’avais les membres meurtris, le visage et les mains couverts de sang.

Je me relevais et j’ouvris… Par manque d’appui, elle tomba dans la pièce. En boule, les jambes repliées, les mains croisées et le menton appuyé sur la poitrine, elle avait l’air de dormir. On pouvait voir sur la chemise de grandes tâches rouges. Je la lui enlevais et je l’ai mise sur mon lit. Mon Dieu, plus blanc que les draps, ce corps minuscule me semblait misérable, si décharné : ce n’était que la peau sur les os !

Le corps était parcouru par d’innombrables lignes et traits obscures. Je ne connaissais que trop bien l’origine de ces empreintes, mais je n’avais jamais imaginé qu’elles puissent être si nombreuses !

Elle reprit ses esprits petit à petit, jusqu’à ce qu’elle puisse enfin entrouvrir les yeux qui se fixèrent dans les miens. Je devinais par l’expression du regard et le mouvement des lèvres qu’elle voulait me dire quelque chose. Je me penchais jusqu’à toucher son visage puis, après avoir écouté un moment, je perçus un susurrement presque imperceptible :

– Je l’ai vu ! Tu sais ? Comme je suis heureuse ! Elle ne m’abandonnera plus maintenant, plus jamais !

(Le vent avait l’air de diminuer et le bruit de la mer résonnait plus clair et plus distinct, entre les intervalles tardifs des rafales)

Il lui prit le pouls et il l’a regardé longuement (la voix gémit).

Je le raccompagnais jusqu’au seuil et je retournais près d’elle. Les mots : hémorragie… elle a perdu beaucoup de sang… elle mourra avant la tombée de la nuit, résonnaient dans mes oreilles comme une chose lointaine, qui ne me touchait d’aucune manière. Je ne ressentais plus maintenant l’inquiétude et l’angoisse de tous les instants. J’éprouvais une grande tranquillité d’esprit. Je me disais que tout était fini et je sortis de sa housse le linceul qui m’était destiné. Je me suis ensuite assise à sa tête et j’ai immédiatement commencé le labeur de défaire les coutures, pour le raccourcir.

Plus blanche qu’un cierge, les yeux clos, elle gisait sur le dos en respirant laborieusement. La ressemblance ne m’avait jamais paru si grande qu’à ce moment-là. Les même cheveux, le même ovale du visage, la même petite bouche, la même contraction douloureuse des lèvres. Tu vas la retrouver me disais-je. Comme elles sont heureuses ! Et, persuadée que son ombre était là, à mes côtés, avec elle, je proférais : J’ai tenu mon serment, la voilà, je te la rends comme je l’ai reçu, pure, sans tâche, sanctifiée par le martyre !

Je tombais en larmes. Une désolation immense, une amertume sans limite remplit mon âme. J’entrevis avec terreur la solitude qui m’attendait. La folie prit possession de moi, je m’arrachais les cheveux, je criais atrocement, je maudis le destin… je me calmais tout à coup : elle me regardait. Je pris le linceul et, d’une voix rancunière et haineuse, je lui disais, en le lui mettant sous les yeux : Regarde ! Que penses-tu du vêtement que je suis en train de te faire ? Comme il t’ira bien ! Comme il est confortable et protecteur ! Comme il va te réchauffer quand tu seras sous terre, dans le trou que le fossoyeur est déjà en train de creuser pour toi !

Mais elle ne me répondit pas. Apeurée sans aucun doute par cet horrible costume gris, elle avait tourné la tête contre le mur. Je lui criais en vain : Ah ! Entêtée, tu t’obstines à ne pas voir ! Je t’ouvrirais les yeux par la force. Puis, lui jetant le linceul par-dessus, je la pris par le bras et la retournais d’un coup sec : elle était morte.

(Dehors, le vent souffle avec entrain. Un tourbillon de poussière entre par la porte, envahit le magasin, le plongeant dans une obscurité presque complète. Et, éteinte par le bruit des rafales, on entend par instant résonner la voix :

– Demain c’est le jour des morts et, comme toujours, les fleurs les plus fraîches et les plus belles couronnes pavoiseront sa tombe…

Tout le magasin est recouvert par les ombres. La propriétaire, le menton dans les mains, accoudée au comptoir, elle aussi pareille à une ombre, reste immobile. Le vent siffle, secoue les couronnes qui entonnent une comptine lugubre, accompagnées par les froufrous mortuaires des pétales de tissu et de papier crépon :

– Demain, c’est le jour des morts !

* * *

1La petite vierge. Diminutif familier et plein de tendresse pour parler de la Sainte Vierge.

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Ce conte a été écrit par le “père du réalisme social chilien”, Baldomero Lillo, et publié en 1907 dans le recueil Sub Sole (lisez-le en streaming et en VO ou téléchargez-le).


Ce recueil est inédit en français, c'est pourquoi j'ai lancé une campagne de financement participatif pour combler ce manque, je vous invite à y jeter un coup d’œil ici.


Et n'oubliez pas de diffuser ce message. Merci de votre soutien.

 

 

9 juillet 2016

L'âme de la machine de Baldomero Lillo

Ce conte a été écrit par le “père du réalisme social chilien”, Baldomero Lillo, et publié en 1907 dans le recueil Sub Sole (lisez-le en streaming et en VO ou téléchargez-le).


Ce recueil est inédit en français, c'est pourquoi j'ai lancé une campagne de financement participatif pour combler ce manque, je vous invite à y jeter un coup d’œil ici.


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L’âme de la machine

Baldomero Lillo

De l’aube au crépuscule, la silhouette du machiniste dans son bleu de travail se détache au sommet de la plate-forme de la machine. Il travaille douze heures sans interruption.

Les ouvriers qui retirent les chariots de charbon des ascenseurs, le regardent avec une envie non dénuée d’animosité. Envie, parce que, brûlés par le soleil d’été ou détrempés par les pluies de l’hiver, ils se démènent sans relâche, poussant les lourds wagonnets depuis la margelle du puits de mine jusqu’à l’aire de stockage, tandis que lui, sous son toit de zinc, ne bouge pas et ne dépense pas plus d’énergie qu’il n’en faut pour diriger la machine.

Puis, quand les hercheurs courent et halètent dans le vague espoir d’obtenir une seconde de répit après avoir vidé le minerai, à l’envie s’ajoute l’animosité, en voyant l’ascenseur qui les attend, déjà, chargé une nouvelle fois de brouettes pleines à ras bord, alors que le regard sévère du machiniste, du haut de son poste, semble leur dire :

– Plus vite, fainéants, plus vite !

La déception, renouvelée à chaque trajet, leur fait croire que, si la tâche les détruit, la faute en revient à celui-là qui n’a qu’à étirer et contracter le bras pour les éreinter.

Ils ne pourront jamais comprendre que ce labeur, aussi insignifiant qu’il puisse leur paraître, est plus exténuant que celui du galérien attaché à son banc. Lorsque le machiniste prend de la main droite le manche d’acier gouvernant la machine, il fait instantanément partie de l’énorme et complexe organisme de fer. Son être, pensant, se transforme en automate. Son cerveau se paralyse. À la vue du cadran peint en blanc, où s’agite l’aiguille indicatrice, le présent, le passé et l’avenir sont remplacés par l’idée fixe. Ses nerfs en tension, sa pensée, tout en lui se concentre sur les chiffres qui, sur le cadran, représentent les tours de la bobine gigantesque qui enroule seize mètres de câble à chaque révolution.

Les quatorze tours nécessaires à l’ascenseur pour parcourir son trajet vertical s’effectuent en moins de vingt secondes, ainsi une seconde de distraction veut dire une révolution supplémentaire, et une révolution supplémentaire, le machiniste ne le sait que trop bien, c’est : l’ascenseur qui se fracasse là-haut, contre les poulies ; la bobine, arrachée de son axe, qui se précipite comme une avalanche que rien ne peut arrêter, tandis que les pistons, fous, cassent les bielles et font sauter les bouchons des cylindres. Tout cela peut être la conséquence de la plus petite distraction de sa part, d’une seconde d’oubli.

C’est pourquoi ses pupilles, son visage, sa pensée s’immobilisent. Il ne voit rien, n’entend rien de ce qui se passe autour de lui, si ce n’est l’aiguille qui tourne et le marteau indicateur qui cogne au-dessus de sa tête. Et cette attention ne connaît pas la trêve. À peine un ascenseur se montre par la margelle du puits de mine que deux coups de cloches lui font savoir que, en bas, l’autre attend déjà, chargé complètement. Il étire le bras, la vapeur pousse les pistons et siffle en s’échappant par les joints, la bobine enroule rapidement le fil de métal et l’aiguille du cadran tourne en s’approchant rapidement de la flèche de fin. Avant qu’elle ne la croise, il le machiniste attire vers lui la manivelle et la machine stoppe sans bruit, sans saccades, comme un cheval qui mâche bien son mort

Mais alors que le tintement du dernier signal vibre encore dans la plaque métallique, le marteau la blesse à nouveau d’un coup sec et strident à la fois. Le bras du machiniste s’allonge à nouveau sous le mandat impérieux, les engrenages rechignent, les câbles oscillent et la bobine tourne à une vitesse vertigineuse. Et les heures succèdent aux heures, le soleil monte au zénith, redescend ; l’après-midi vient puis décline et le crépuscule, surgissant au ras de l’horizon, élève et étend son immense pénombre de plus en plus vite.

Tout à coup, un sifflement assourdissant rempli l’espace. Les hercheurs lâchent les brouettes et se dressent étincelants. Le labeur du jour a pris fin. Des diverses sections annexes de la mine sortent les ouvriers en une cohue confuse. Dans leur précipitation à abandonner les ateliers, ils se pressent et se bousculent, mais pas une voix ne s’élèvent pour se plaindre ou protester : les visages sont radieux.

Petit à petit, la rumeur de leurs pas sonores s’éloigne et disparaît sur le trottoir envahi par les ombres. La mine est maintenant déserte.

Il n’y a plus que dans la cabine de la machine que l’on distingue une silhouette humaine confuse. C’est le machiniste : assis sur son trône élevé, la main droite appuyée sur la manivelle, il reste immobile dans la demi-obscurité qui l’encercle. Le labeur prenant fin, la tension de ses nerfs a cessé brusquement et il s’est écroulé sur le banc comme une masse inerte.

Un lent processus de retour à l’état normal s’opère dans son cerveau abruti. Il recouvre difficilement ses facultés annulées, atrophiées par douze heures d’obsession, d’idée fixe. L’automate redevient une nouvelle fois une créature de chair et d’os qui voit, qui entend, qui pense, qui souffre.

L’énorme mécanisme gît paralysé. Ses membres puissants, surchauffés par le mouvement, se refroidissent en produisant de légers craquements. C’est l’âme de la machine qui s’échappe par les pores du métal, pour allumer dans les ténèbres qui couvrent le haut trône de fer, les fulgurances tragiques d’une aurore toute rouge de l’horizon jusqu’au zénith.

texte en pdf

 

Ce conte a été écrit par le “père du réalisme social chilien”, Baldomero Lillo, et publié en 1907 dans le recueil Sub Sole (lisez-le en streaming et en VO ou téléchargez-le).


Ce recueil est inédit en français, c'est pourquoi j'ai lancé une campagne de financement participatif pour combler ce manque, je vous invite à y jeter un coup d’œil ici.


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14 juillet 2015

Un chant pour mon frère. "Les jours de deuil germeront" - Un canto a mi hermano. "Germinaran los días de luto"

3 avril 2015

Petite histoire d'un manuscrit immigré. Une histoire où vous pouvez être le héros

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Né dans une petite maison d'édition indépendante, apprécié par une communauté locale restreinte mais pas pour autant négligeable – il avait même reçu le prix d'honneur au Salon du Livre de Santiago -, El libro cualquiera voulait parler au monde.

    Les parents de ce bambin avaient pris leurs temps pour l'engendrer,

        cherchant à peaufiner chaque cellule de son corps avant de le mettre au monde.

        ils avaient mis en branle chaque cellule de leurs corps pour le mettre au monde.

Fier de leur progéniture, ils firent connaître leur joyau à tous leurs entourages : la famille, bien sûr, les amis, évidemment, les collègues, pas tous, mais encore, les followers du moindre réseau social auxquels ils participaient et autres surfeurs du numérique. Ces créateurs tenaces voulaient parler au monde.

 

     El libro cualquiera était plein d'envie – certains parlèrent d'ambition… Il allait partir, mais il ne savait pas comment, sous quelle forme, dans quelle langue, avec qui. Il passa les frontières et s'installa sous des piles de confrères – certains parlaient de concurrents – sur les grands bureaux éditoriaux des pays homolingues. Ceux-ci étaient encombrés par d'innombrables neveux des prestigieux titres nationaux, envoyés là par leurs parents, eux-mêmes maîtres sur leurs terres.

    Mais il ne se découragea pas. Le pays ne lui était pas familier et, après tout, la vie de best-sellers ne pouvait guère se décider, tout au plus se désirer, et mieux valait l'écarter lorsque l'on était né dans une petite maison indépendante. Le don d'ubiquité dont il était naturellement doté, permis à notre ami de se présenter également

        aux grands circuits de distributions, et de diffusion, qui le remarquèrent à peine.

        aux oncles et cousins d'Amérique qui étaient, pour leurs enfants déjà, à la peine.

Malgré une langue partagée, les pays qui l'entouraient ne purent satisfaire au besoin qu'avait El libro cualquiera de s'ouvrir aux autres, à tous ceux qui, par goût ou par chance, voudraient bien lui faire une place au fond de leurs yeux. Loin de s'exiler dans les tréfonds de la dépression – certains y verraient de la dépréciation – le roman qui se voulait universel souhaitait changer de peau, sans y perdre son âme. Il aurait aimé étendre ses pages et s'envoler vers la Francophonie.

 

    Le trajet le plus court, mais aussi le plus rare quand la maison qui vous a vu naître n'a pas de famille à l'étranger, se faisait immobile.

    Trônant sur l'illustre présentoir d'une librairie fameuse,

    Trônant sur l'étagère pas trop sombre d'une librairie fréquentée,

    Partageant les rayons d'un distributeur local connu des professionnels étrangers,

    Partageant l'étal d'un vendeur ambulant sur le marché où se baladent les touristes,

        El libro cualquiera pouvait espérer taper dans l’œil d'un éditeur de passage, ou d'un scout littéraire au travail, qui saurait l'apprécier et serait en mesure de le publier. Mais, pour la plupart des dix mille maisons d'édition françaises par exemple, la tâche était risquée et le prix à payer, élevé. Parmi la multitude de livres non francophones existants à ce jour, ils n'étaient qu'une poignée, moins de douze milles par an, à se voir commercialiser en France. Quelles chances avait-il, lui qui prosait en espagnol, d'appartenir aux quatre cent trente-neuf titres qui seraient traduits depuis cette langue, commune à tant de peuples?

 

    Par bonheur et par conviction, ses parents ne jouaient pas à la loterie et ils ne manquaient pas d'énergie pour faire voir du pays à leur petit génie.

    Ils mirent en branle toutes les cellules de leurs corps sociaux, et firent le point sur leurs moyens, financiers et humains, pour parvenir à leur faim de partage.

    Ils cassèrent leurs tirelires et conçurent de beaux habits à El libro cualquiera pour le rendre présentable aux personnes respectables.

    Ils firent appel aux institutions culturelles de leur pays d'origine et de leurs collectivités locales, au nom du rayonnement national.

    Ils listèrent les éditeurs de cet ailleurs tant convoité et discutèrent vivement de l'opportunité de s'adresser aux premiers ou aux derniers d'entre eux – nous parlons de renommée et non de qualité.

        Et El libro cualquiera s’élança dans le labyrinthe éditorial français.

 

    Malgré ses habits de lumière et les résumés inventés pour éclairer sa pensée et son style, il ne trouva sur ses chemins que des maisons qui « [le remerciaient] de l’intérêt qu'[il leur portait] mais [elles] ne [pouvaient] pas répondre favorablement à [sa] demande », parfois, et malgré les apparences, il ne « rentrait pas dans la ligne éditoriale » ; serait-il trop marginal ?

    Alors que d'autres auraient déjà mis leur envie dans leur poche avec un mouchoir détrempé de larmes par-dessus, l’œuvre latine ne se résignait pas et elle voulût s'exprimer en français, malgré tout et tous. « Si je leur parle dans leur langue, avec leurs mots, je parviendrais peut-être à me faire entendre d'eux », se disait-il. Mais il n'avait pas d'argent et le taux de change ne le favorisait pas, il ne pouvait raisonnablement pas se payer un traducteur à vingt euros le feuillet. « Prenez un crédit », chuchotaient les sirènes de la Finance aux oreilles de ses géniteurs. Et si, bien que bilingue, on continuait à ne lui donner aucun crédit dans le monde éditorial français. Que feraient-ils d'une dette, sinon une longue et douloureuse diète ?

 

    Moi qui passais par là sur ces entrefaites, je leur racontais l'histoire d'un manuscrit qui avait fait le choix de l'autoédition pour son émigration.

– Voyez-vous, dis-je, je suis moi-même traducteur et, avec une auteure amie, nous avons décidé d'utiliser les outils que nous offre le numérique pour faire voir du pays à l'un de ses petits. Ainsi…

 

La suite de l'histoire est entre vos mains, il ne tient qu'à vous de donner une happy end au récit que je suis en train de faire à El libro cualquiera et, ainsi, lui apporter l'énergie nécessaire pour continuer sur la voie de la francophonie ; laquelle commence ici.

 

 

 

28 février 2015

Autoédition bilingue à deux

Dans cette discussion sur linkedin je demandais des informations sur le « contrat de compte à demi » pour publier un ebook en commun avec une auteure chilienne. La remarque d'un des membres m'amena à éclaircir le dilemme auquel nous étions confrontés de la façon suivante :

Merci, j'avais vu cet article mais en réalité ce qui nous intéresse le plus dans ce contrat c'est qu'il est basé sur le concept de "Société en participation" ou "Société de fait": c'est cette "société" qui tiendrait lieu d'éditeur tandis qu'individuellement nous serions les auteurs du livre. Il s'agit en quelque sorte d'une autoédition bilingue à deux. Nous avons un problème avec le type de contrat qui conviendrait le mieux d'un point de vue juridique et social. Les auteurs qui s'éditent eux-même sont considérés, en France, comme des éditeurs, ce qui entraîne des obligations légales. Seulement nous sommes deux et il serait injuste que l'un d'entre nous soit considéré comme l'éditeur, et donc contraint par loi 1/ De verser des droits d'auteur sur le prix de vente au public (PVP) 2/ Être vu comme une profession libérale déclarant des bénéficescommerciaux ou non – et non comme un auteur déclarant des droits d'auteur. Il est par ailleurs bien plus simple de partager les bénéfices liés à l'exploitation de l’œuvre à 50/50, si nous n'avons pas à nous demander : dois-je calculer ce pourcentage en fonction du PVP ou du bénéfice avant impôts (CA-les coûts). Car si la pratique est simple, nous partageons les bénéfices, la théorie est compliquée : les droits d'auteur sont calculés sur le PVP, chacun pouvant alors dénoncer le contrat en cas de conflit (on ne sait jamais de quoi le futur peut-être fait, n'est-ce pas?) puisqu'il n'aurait pas perçu son revenu selon ce critère. J'insiste sur le fait qu'ici l'auteur et le traducteur cèdent, dans la pratique, une partie de leurs droits d'auteur à l'autre.

Je crois que notre dilemme – et quel dilemme ! Non ? - est maintenant posé suffisamment clairement pour permettre à ceux qui le peuvent de nous éclairer de leur expérience ou de nous faire parvenir leurs informations et leurs idées. Je crois également que la résolution de ce problème permettrait d'ouvrir la voie à de nombreuses collaborations entre auteurs et traducteurs.

8 février 2015

Le contrat d'édition à l'ère du numérique, nouvelles dispositions.

La Société des Gens de Lettres met à notre disposition un contrat-type "conforme aux nouvelles dispositions légales entrées en vigueur le 1er décembre 2014, issues de l’accord-cadre signé le 21 mars 2013 entre le SNE (Syndicat national de l’édition) et le CPE." (lien) Ces dispositions concernent en premier lieu l'édition numérique.

Et vous en trouverez une version commentée ici ainsi qu'une interprétation par Me Reynaud .

25 janvier 2015

Poème de Francisco Vaquero Sánchez, Directeur de la Maison-Musée Federico García Lorca Valderrubio, Grenade, Espagne

Lien vers la version pdf: V (a María Mata) 

Francisco Vaquero Sánchez,

Directeur de la Maison-Musée Federico García Lorca

Valderrubio, Grenade, Espagne

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